Écrire une punchline en 7 leçons

Écrire une punchline en 7 leçons

Parce qu’on a tous, au moins une fois, gueulé dans les transports en commun la rime que l’on attendait depuis le début du morceau en s’imaginant sur la scène des Rap Contenders devant un gauche-droite-gauche de Stunner ou sur celle de Bercy face à une foule en fusion. Gueulé tellement fort que la petite vieille assise en face n’a pas supporté le combo insulte-verlan-rebeu dans la même phrase et a tapé sa crise cardiaque, comme ça, histoire de bloquer tout le trafic pendant deux heures. ”Incident de passager” peut-être, mais le vrai coupable s’appelle Laouni Mouhid, monsieur l’agent.

Parce qu’on a tous compris que pécho grâce à trois accords de guitare, c’est bon pour les années 80, les films d’horreur américains et les scouts. Ici c’est la Cefran deux-zéro-douze, et l’époque des aventures des Castors Juniors dans Picsou Magazine est révolue. Surtout depuis que Jugnot s’est rasé la moustache. Et quand ton père, après avoir branché Nostalgie, t’explique pour la dix-septième fois cette semaine qu’il a serré Maman grâce à Jean-Jacques Goldman, tu ne peux pas t’empêcher de penser au remix de M. Pokora. Réaction immédiate et inévitable : tu vomis tes Coco Pops dans la boîte à gants. Et puis merde quoi, il est où le swag quand on s’appelle Jean-Jacques ?

Parce qu’on a tous rêvé qu’un jour notre prof de français, qui t’avait catalogué dès le premier cours de l’année comme étant de la race des glandouilleurs de ranking interstellaire, s’étouffe avec son café en corrigeant ta copie. Qu’elle relise LA phrase une bonne centaine de fois, qu’elle rameute son mari, qu’elle réveille ses gosses et ses voisins, puis qu’elle harcèle ses collègues toute la nuit au téléphone. Jusqu’à ce que tu deviennes le sujet de conversation numéro un le lendemain matin dans la salle des profs, entre ceux qui essaient de convaincre qu’ils ont toujours cru en toi mais qu’ils ne le montraient pas, et ceux qui viennent de se découvrir une passion pour les gribouillis dans la marge de ton cahier d’histoire au point de vouloir les exposer à Beaubourg. Bah oui, maintenant tout s’éclaire, tu es un génie. Star de la pause café, featuring Yvan Le Bolloc’h et Bruno Solo.

Parce qu’on a tous constaté en se farcissant les soi-disant chefs d’œuvre de Victor Hugo que le type passe deux tomes entiers à délayer ce qui pourrait tenir en un seul refrain. Tu hésites d’ailleurs entre Vitaa et Corneille. En plus ça parle de vies misérables, mais aucune trace de brolic, de biatchs ni de biftons. Qu’il commence par parler de ce qu’il connaît vraiment le bu-bar, et après on verra. D’ailleurs c’est facile de s’imposer quand on sort un bouquin tous les dix ans, mais est-ce qu’il aurait pu, lui, alterner albums les années paires et mixtapes les années impaires depuis 2004 ? Ça mériterait qu’on le déterre du Panthéon, juste pour une Autopsie (en quatre volumes).

Parce qu’on a tous rêvé de pouvoir extérioriser ce putain de talent qui se cache au fond des tripes et que personne d’autre n’arrive à voir. Ce potentiel qui, une fois exprimé, ferait enfin de toi le mix ultime de Tupac et Biggie, mais avec ce petit plus qui vaut de l’or : I come from zi ozeur saïde of zi Atlantic Ocheune, néguiz. Ils sont mignons les deux, mais est-ce qu’ils auraient vécu aussi longtemps qu’aux States s’ils avaient grandi comme toi dans les coupe-gorges de la banlieue pavillonnaire de Meaux ? Pas sûr. D’autant que le passé c’est le passé. Le rap c’est mieux après. Place au Dieu du Rap Game. Tu as le blase en tête. Tout comme le nom de tous les albums, les jaquettes, les invités, les réponses aux interviews de Fred Musa, les clashs avec Zemmour, le modèle de la montre, la coupe des survêtements sérigraphiés avec ta propre marque, et même toute la stratégie marketing en ce qui concerne la vente de produits dérivés pour le petit déjeuner destinés au marché asiatique pour les dix prochaines années. Tout dans un coin de la tête. Reste plus qu’à savoir rapper.

Bref, pour toutes ces raisons et bien d’autres encore, Rap Genius France t’offre un cours d’écriture de punchlines en 7 leçons. Succès garanti.

Le fond :

1 – Travailler le(s) sens

Une punchline digne de ce nom n’est pas à prendre la légère. Tu n’es pas en train de chercher un slogan pour du Canard WC, bordel. La toute première étape, c’est simplement que ça veuille dire quelque chose. Ça paraît facile à première vue, mais à vrai dire ça ne l’est pas tant que ça. Donc la solution peut être, par exemple, de réfléchir avant d’écrire.

Si ton auditeur se demande, complètement dégoûté : ”putain, comment j’ai fait pour ne pas y avoir pensé moi-même ?”, c’est très bien. Mais avant de taffer les doubles sens, commence par en donner un seul, ce sera un bon début. Oui, on a tous pensé à certains rappeurs en lisant cette dernière phrase. Mais je ne veux d’emmerdes avec personne, donc je laisse chacun libre d’y associer les noms qu’il désire.

Ensuite l’équation est simple : plus tu auras d’interprétations possibles, plus ta punchline sera balèze. Joue alors sur les doubles sens (propre et figuré), sur les homonymies, sur les équivalences français-anglais ou français-rebeu, etc… Ton objectif n’est autre que d’accroître le dégoût de ton public.

Car le dégoût provoqué par le sens de base n’est qu’un dégoût partiel. Tu dois frustrer ton auditeur, lui donner l’impression qu’il t’a compris, alors qu’en fait tu y avais inséré autant de degrés que sur un thermomètre en fahrenheit. Et le dégoût ne sera total que lorsque ton public aura découvert, lors de la quarantième écoute, tous les sens que tu as malicieusement cachés dans la tournure.

Cette réaction de dégoût total va paradoxalement convertir ce public en fan. L’auditeur de rap, friand de bonnes phases, aime qu’on le dégoûte. Donc à toi de jouer là-dessus, et de le dégoûter tant que tu pourras. Et plus tu le dégoûteras, plus il t’aimera. Petite mise en garde : non, ça ne marche pas pareil avec les meufs.

Contre-exemple: Fixe ou je te mystifie comme un Twix – Freeman

2 – Éviter les références trop pointues

Peu importe ta propre culture générale, rappelle-toi simplement que ton public n’a pas forcément lu l’intégrale de Dostoïevski l’été dernier. Ce n’est pas parce que ça t’a permis de passer le temps car tu trouvais ”Secret Story particulièrement dégradant pour la condition féminine” qu’ils ont tous fait de même. Loin de là.

Par exemple, une punch’ du genre : ”MC, t’es comme l’hypoténuse d’un triangle équilatéral, t’existes pas” peut certes t’offrir un nouveau public composé de fort sympathiques mathématiciens agrégés, mais peut dans le même temps t’anéantir toute crédibilité et bousiller ta carrière avant même que celle-ci n’ait décollé.

D’ailleurs au sujet de la crédibilité, même si ça n’a rien à voir avec le thème de base et sauf si tu veux faire carrière en Russie et au Japon comme Mireille Mathieu, évite aussi de soutenir un candidat de droite à la présidentielle. R.I.P. Le Doc’. R.I.P. Faudel.

Contre-exemple: Médine peut lire un livre, ça passe.

3 – En dire le maximum en un minimum de mots

”Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement”, écrivait Nicolas Boileau à la fin du 17e siècle au sujet de la poésie en alexandrins. Personne ne te demande de punchliner en alexandrins, faut pas abuser non plus. Mais si tu sais où tu veux en venir, rien ne sert de te perdre dans des millions de détails, de multiplier les subordonnées relatives ou les compléments du nom. Oui, je suis désolé, mais si tu n’avais pas dormi en français, tu aurais su ce que c’est.

Dans punchline, il y a punch. Ton but ultime, c’est donc de trouver une rime percutante, un truc qui mette K.O. d’une seule patate. Souviens-toi : c’est un peu comme lorsque tu as, assez bêtement il faut bien le dire, insulté la sœur du seul gars de ta classe qui fait les championnats de France de boxe thaï. Pas besoin d’accumuler les petits crochets, les feintes, les balayettes, les pichenettes sur les oreilles ou même de lui tirer les cheveux (surtout que comme il avait le crâne rasé, t’es encore plus passé pour un con). Non, juste un uppercut bien placé sous le menton, histoire de te sonner d’un seul et unique coup et te transformer en serpillière. C’est pas pour rien qu’aujourd’hui tu sens encore son coude effleurer ta carotide. Simple, propre, efficace. Comme disent les seuls gars que tu oses insulter depuis, parce qu’au moins eux ils pourront rien te faire vu qu’ils sont dans la télé : Droit au But.

Contre-exemple: Youssoupha a fait un album mortel avec un seul sujet : L’amour

4 – Ne pas pomper ce qui a déjà été fait

Avant de te lancer dans l’écriture, tu as commencé par écouter tout ce qu’ont produit tes futurs rivaux. Et là tu t’es rendu compte que les punchlines, c’est comme les restos chinois : il y en a des bien meilleures que d’autres, et même si tu restes fidèle à celles que tu connais depuis gamin, tu continues quand même d’en découvrir des centaines de nouvelles tous les jours.

Et à force de les écouter, tu remarques que certains artistes se sont accaparés certaines combinaisons. D’ailleurs tu pries pour que Lino et Nakk deviennent muets du jour au lendemain, parce qu’à chaque fois qu’ils ouvrent la bouche, ils n’en sortent que des classiques. Le tout récent ”Putain chérie, y’a plus de PQ !” de Monsieur Bors a d’ailleurs déjà sa propre page Wikipédia.

Alors tu cherches de nouveaux registres, sauf que même l’expression ”zizi moelleux” a déjà un brevet déposé. Il faut admettre qu’il est vraiment fort, ce Boug Dyf. Bon au final la meilleure solution reste, à chaque fois que tu as une idée, de taper les mots-clés sur le site de Rap Genius, histoire d’être sûr que personne ne l’a déjà sortie. Ou au moins pas sous cette forme-là. Parce que plagier, non, hors de question. Pas pour l’éthique, ça t’en as rien à battre : c’est juste que ça pourrait te coûter très cher en droits d’auteur. Mais s’inspirer, c’est humain, après tout. Et puis ”kiki tendre”, ça en jette un max.

Contre-exemple: Les rappeurs gangstas qui traduisent les textes US (et les prods au passage)

La forme :

5 – Soigner la grammaire

Même si tu trouvais les radiateurs du collège vachement confortables lors de ces mêmes cours de français, il faudra penser à éviter les tournures du genre ”dis-moi-le” ou encore ”c’est qu’est-ce que je disais”. Pour cela, un Bescherelle peut s’avérer utile, afin de comprendre une bonne fois pour toute que dans une phrase au conditionnel, le verbe de la proposition qui contient ”si” est à l’imparfait. ”Si je ferais”, ”si je serais” sont des barbarismes qui pourraient entraîner ton exclusion pure et simple de l’Académie Française une fois que tu l’auras intégrée en force avec tous tes gars sûrs.

Une punchline doit être pure. Pense au fait qu’elle devra pouvoir être enseignée en 2050 en cours de Peura appliqué. En même temps personne n’a contredit le nouveau ministre de l’Éducation, un dénommé R-O-H-2-F-mais-sans-S-sauf-si-le-C.O.D-est-placé-avant-le-verbe, quand il l’a créé pour remplacer les langues mortes parce qu’il trouvait que le latin, ça schlinguait vraiment sa mère. Et puis le prof est sympa, en plus. Un certain Maître Gims. J’avoue qu’elle était Wati-Facile. Mais assister à un cours où l’enseignant a un rire machiavélique, une casquette à l’envers et des lunettes de soleil à 65 ans, ça claque.

Contre-exemple : Aketo dans Gravé dans la roche

6 – Être compréhensible par le grand public

Bonhomme, tu n’es pas en train d’écrire une carte postale pour ta tata de Toulouse ni de poster un message sur ton forum de fans de The Voice. Donc s’il-te-plaît évite tout ce que le plus grand monde ne comprendra jamais, les quelques termes que tu as inventé en discutant avec ton hamster ou les expressions que tu n’utilises qu’avec tes potes. À l’inverse, évite aussi le vocabulaire du 14e siècle, car les chances que Jean d’Ormesson tombe par hasard sur ton peura sont assez minimes.

Dis-toi que ton objectif ultime, c’est que ta punchline puisse servir à ton auditeur de devise, de ligne directrice dans sa vie. Qu’il puisse être fier de te citer quand on lui soutient que le rap, bah en fait c’est rien d’autre qu’une sous-culture d’analphabètes (big up à on-sait-tous-qui), faite par des cons pour des cons. ”C’est même pas vrai, d’abord ! La preuve…”. Et oui, tu as compris : ce sera toi la preuve. Fier ?

Contre-exemple: Sefyu – Molotv 4

À l’oral

7 – Se trouver un signe particulier en guise de signature

Le bégaiement, le cheveu sur la langue, l’articulation des gitans, l’accent marseillais à couper au couteau, tout ça c’est déjà pris. Ne désespère pas, il te reste cependant quelques créneaux.

Lance la mode d’un autre accent. C’est pas ce qui manque en France : antillais, ch’ti, alsacien, basque, stéphanois, blédard… Ou même du fin fond de la campagne normande, si tu arrives à rouler les ”r” et à remplacer tous les ”a” par des ”ô”. Un gamos ? Non non, une Massey Ferguson, sale fumier.

Ou innove encore plus, en arrivant avec un nouveau trouble de l’expression : la dyslexie, les fautes de liaison ou même le syndrome Gilles de la Tourette. Le beau Franck Ribéry, qui réinvente la langue d’un Molière qui même au fond de sa tombe s’arrache un membre à chaque nouvelle interview, serait alors une véritable mine d’or. Insères-y ensuite une onomatopée de ton cru à la fin de la mesure en tant que petite touche personnelle, comme le grincement de la craie sur le tableau ou ta sonnerie de réveil, et tout sera parfait.

Une combinaison ”accent pakistanais – voix d’adolescent qui mue – cri de la mouette” serait tout simplement mortel. Ouais, bien sûr que tu vas passer pour un teubé, mais ne t’inquiète pas : le public rap français comprend toujours quand c’est du second degré ! Ah non ?

Contre-exemple: Eklips

En tout cas maintenant, jeune peuradawan, tu as toutes les cartes en main pour rejoindre la caste très fermée des Chevaliers de l’Ordre de la Punchline, aux côtés des Lino, Seth Gueko, R.E.D.K., Nakk Mendosa et autres Colonel Reyel.

Fais-en bon usage, ma gueule !

Par Torziz

Faire découvrir le rap à tes potes – Episode 1 : Qu’est-ce que le Rap Game?

Définition:

Selon Le lexique du rap français :

Le Rap Game désigne la compétition fictive et interminable menant au titre de boss du Rap Game
Le but d’un rappeur dans le game est de vendre un max et d’être le maître de l’égotrip

Mais pour faire comprendre le Game à tes potes il t’en faudra plus alors voici en quelques punchlines comment faire comprendre l’histoire et le délire du Rap Game:

Historiquement le Rap Jeu prend ses sources dans la rivalité East Coast & West Coast. Les deux principaux antagonistes n’étaient autres que Tupac Shakur & The Notorious B.I.G.

En France le réel Game égotripique arrivera après les scandales du Minister Amer (Brigitte femme de flic, Sacrifice de poulet…) qui ont prouvé que l’on pouvait se faire masse de thunes dans le milieu en ré-créant le fantasme du rappeur bad boy.

S’en suivirent des rappeurs plus durs les uns que les autres, Booba a gagné, Fabe a abdiqué et la compétition du Rap Game est publique et reconnue de tous.

L’égotrip est aujourd’hui une discipline à part entière, Rohff a jeté en premier le plus gros des deux pavés dans la marre avec son morceau Rap Game suivit de près par Booba et le célèbre Boss du Rap Game, cette auto-proclamation est généralement admise comme vérité par le milieu du rap, le manque de rivaux et l’absence de Rohff et Sinik ces derniers temps laissant libre court à la souveraineté du D.U.C.

Les clashs:

En France comme aux USA le Rap Game a souvent suscité de nombreux clashs entre rappeur, comme on le disait le fameux Sinik VS Booba aujourd’hui en stand-by pour Sinik mais remporté à l’aise selon Booba (Enfin débarassé de Pokora, Diam’s et Sinik).

Si l’on remonte le temps on trouvera l’indémodable Fabe qui s’opposa à cette mouvance dans Des durs, des boss, des dombis en clashant tour à tour à Booba, NTM et le Stomy Bugsy.

En 2012 les clashs ne sont plus là, le dernier opposant Youssoupha à Nessbeal, mais la relève du Rap Game perpétue la tradition des égotrips, ainsi les artistes à l’image de ceux présentés sur la Booska-tape (Fababy, LECK, Sofiane, Sadek, etc…) rivalisent de bonnes guerres à coup de phases brelikées.

Ah, on a faillit oublié il reste un clash en 2012: Guizmo qui insulte les 3/4 de L’entourage dans Chat perché.

Parti de rien et arrivé à dominer l’image du rap français dans sa face médiatique le Rap Jeu est  décrié car il ne diffuse pas le message d’unité et de lutte contre le système comme le faisait le rap à l’ancienne. Cependant cette mauvaise appréciation est en partie due à une mauvaise compréhension des textes qui sont à prendre au second degré,.

Les valeurs du Hip Hop sont toujours “Peace, Love, Unity and Having Fun” , il est bon de se souvenir que la finalité de cette devise est de s’amuser, alors on se prête au jeu?

Glossaire:

Quelques morceaux à écouter pour vivre dans le jeu:

Minstère Amer – Sacrifice de poulet

Fabe – Des boss, des durs, des dombis

Sinik – L’assssin

Rohff – Rap Game

Booba – Boss du Rap Game

Youssoupha – La Foule

Fababy feat Sadek – 93 babies

Taipan – Dans le circuit Paroles et Explications

Taipan –Bonne année Paroles
Taipan –Crame 1 gramme Paroles
Taipan –Les gens parlent Paroles
Taipan– C’est beau de rêver Paroles
Taipan– Le Monde est flingué Paroles
Taipan– Les gamins font des gamins Paroles
Taipan – On rentre pas Paroles
Taipan– Plus rien à foutre Paroles
Taipan –Rien à prouver Paroles
Taipan – T’es parfait Paroles

Geste d’Or, ou le triomphe de l’abnégation

Geste d’Or, ou le triomphe de l’abnégation

 

Suite à son Disque d’Or obtenu début avril et quelques jours après son unique date à l’Olympia bien évidemment pleine à craquer, le moment semble opportun pour tâcher de comprendre la place d’artiste du moment qu’occupe Youssoupha dans le microcosme microphonique du rap français.
 

Rappeur alphabète

Pas la peine de rabâcher les mêmes sempiternelles présentations, on a déjà tout entendu au sujet de sa trajectoire plus qu’atypique. Celle d’un gamin né à Kinshasa qui obtient la meilleure note de toute l’académie de Versailles l’année de passage de son bac français. Celle d’un banlieusard de Cergy qui, après des études de lettres et une maîtrise à la Sorbonne, se retrouve à donner des cours d’écriture au télé-crochet Popstars diffusé sur M6. Celle d’un jeune MC brusquement jeté sous la lumière des projecteurs, de la presse et des tribunaux, et qui se défend en publiant une tribune dans Le Monde. Mais surtout, pour ce qui nous intéresse, celle d’un fils de chanteur de rumba zaïroise qui se fraye son chemin dans le milieu du rap français jusqu’à en devenir, aujourd’hui, une référence incontournable.

Le Prims Parolier n’est bien sûr pas de la nouvelle génération. Présent dans le milieu depuis plusieurs années maintenant, un premier album d’une qualité rare pour une entrée en matière sorti en 2007 et un deuxième passé malheureusement plus inaperçu en 2009, son ascension est on ne peut plus progressive. Aucune étape n’est grillée, puisque la case mixtape (ou plutôt son pendant 2.0 : la ”digitape”) n’est pas non plus sautée, et que débarque dans les bacs virtuels ”En Noir et Blanc : En attendant Noir désir” courant 2011. Cependant entre ces deux projets, Youssoupha a pris une autre dimension médiatique. Cela dit, avancer que la plainte déposée par Éric Zemmour a boosté sa carrière ne serait qu’à moitié exact. Car l’album qui a directement suivi la controverse, ‘Sur les chemins du retour”, avec en titre-phare le justement polémique ”À force de le dire”, fut uniquement ce que l’on a l’habitude d’appeler ”un succès d’estime”.

De manière générale, révéler au grand jour un artiste ne peut pas suffire à lui offrir une carrière pérenne s’il n’est pas artistiquement à la hauteur de sa subite notoriété médiatique. Jeté en pâture par tout ce qui se fait de plus anti-rap en France, sur la base d’amalgames douteux et de raccourcis vaseux, le emcee du Val-d’Oise a su continuer son parcours sans être ralenti par ses démêlés judiciaires, tournant même ces derniers en sa faveur. Car ce qui fit vraiment décoller sa cote d’un point de vue purement musical, c’est l’intelligence de sa réaction et la pertinence de sa réponse. ”En Noir et Blanc” est à la hauteur du défi, mais ne suffit pas à faire taire les critiques. Tant mieux, ce n’est qu’une mixtape, une mise en bouche pour mieux savourer l’album le plus attendu de tout le second semestre 2011. À l’image du caennais Orelsan quelques mois auparavant, il a su faire d’une pierre deux coups en contentant ses auditeurs tout en mettant en sourdine ses détracteurs, avec ce qu’il sait faire de mieux : le rap. Ce qui ne te tue pas te rend têtu, aime-t-il à dire. Et c’est dans ce climat qu’est arrivé ”Noir désir”.

Blédard devenu banlieue-star

La barre avait été placée haut. Fort d’une stratégie de teasing au compte-gouttes des extraits les plus éclectiques du projet, le risque d’une telle politique était bien évidemment de provoquer la déception du public en ne parvenant pas à être à la hauteur considérable de l’attente. Penser cela aurait été bien mal connaître Youssoupha. Sorti le 23 janvier, ”Noir désir” fait déjà figure de meilleur CD de l’année, alors même qu’en termes de sorties d’albums, entre nouvelle génération émergente, stars markettées et vieux briscards sur le retour, 2012 risque de ressembler à un quai de RER à Châtelet vers 19h en semaine.

Les clés de ce succès critique et commercial sont multiples. Si Youss’ est dorénavant un artiste accompli, on comprend assez vite à l’écoute de l’album que le chroniqueur de France 2 n’y est pas pour grand-chose. Il doit plutôt cela au fait d’être désormais un homme comblé. Celui qui nous avouait son baby blues dans ”Le Message” (Sur les chemins du retour, 2009) nous présente aujourd’hui Malik, le fruit de ses entrailles. Mais également son paternel, Tabu Ley Rochereau, véritable icône de la rumba congolaise qu’il sample dans le bien-nommé ”Les disques de mon père”. Le message de la galette est d’ailleurs clair : le morceau qui l’introduit s’intitule fort simplement ”L’amour”. Et la toute première mesure y donne : ”Nouvel album, de l’amour dans les yeux”. Le succès de Youssoupha, c’est avant tout le succès du ”rap d’amour”.

Quant au fond, il reste fidèle au potentiel de l’artiste. La plume du Prims Parolier continue sa belle ascension. Des écrits ciselés, soignés, où chaque rime est sous-pesée. Ce qui nous offre un rap lettré, conscient et engagé. Parlons-en, justement, de l’engagement. Lui qui ne peut s’empêcher de faire la guerre au slam, qu’il juge trop lisse, trop pasteurisé, trop aseptisé, trop bien-pensant, et qui l’oppose au rap, le genre musical avec des vrais morceaux d’engagement dedans. Il se retrouve alors à jouer le rôle de celui qui dit tout haut ce que tout le monde pense sans avoir le talent suffisant pour être écouté, et donc entendu. Mais évite dans le même temps de se revendiquer porte-parole d’une génération ou d’une communauté. Après tout, comme il l’a repris à Kery James : la banlieue a une voix, il n’est qu’un de ses hauts-parleurs.

Pourtant, loin de l’acharnement judiciaire dont il déplore être la victime, sa notoriété artistique ne cesse de croître depuis le début de l’année 2011. Il quitte petit à petit l’anonymat du ventre mou du rap français et multiplie les featurings : on le retrouve depuis 18 mois sur les projets de Sinik, Grödash, Lalcko, Sultan, Black Kent, sur l’OVNI d‘Ol’ Kainry et Jango Jack, ou encore le bijou de Nakk Mendosa. Dans ce dernier, il apparaît sur le morceau ”Invincible Remix” aux côtés de l’hôte Narcisse et de six autres invités, dans ce qui constitue, dans une globalité fond-forme, un des tracks les plus complets du rap français depuis des lustres.

C’est donc courant 2011 que la transformation s’opère. Jusque là, son discours était reconnu comme étant un des plus pertinents du rap jeu, mais il ne bénéficiait que de succès d’estime auprès d’un public composé exclusivement de connaisseurs. Le véritable tournant, c’est l’apparition de ce concept qui aujourd’hui se retrouve dans tous ses travaux : le Geste. Avec ”En Noir et Blanc” et la montée en puissance de ”Noir désir”, le Lyriciste Bantou a allié le Geste à la parole. Faites ce que je dis ET ce que je fais. À la suite de cette deuxième naissance artistique, il nous annonçait alors que 2012 ne serait pas la fin du Monde, mais bel et bien l’année du Geste. Il ne s’est visiblement pas trompé.

The Gestist

En jouant sur les mots, on pourrait avancer que c’est le cinéma qui a, le premier, inauguré cette année du Geste, avec le César remis à Omar Sy et le triomphe planétaire d’un film français… en noir et blanc. Plus sérieusement, ce statut qu’il s’est forgé malgré lui de rappeur du moment, Youss’ en est conscient : ”J’en veux à mon public qui dit me soutenir à la mort, mais qui m’oubliera au prochain rappeur à la mode” clame-t-il dans le forcément sartrien ”L’Enfer c’est les autres”. Cela n’empêche que depuis quelques temps maintenant, et donc encore plus depuis ce 23 janvier, le rap en France ne peut se concevoir sans le zaïrois de naissance.

Et ce triomphe, c’est celui de toute une philosophie artistique. ”Va dire à Hostile que je suis numéro un en indépendant” glisse-t-il avec malice dans ”Puzzle”, sa collaboration sur l’album ”Vendeur de Rêves” du bordelais Black Kent. Avec des artistes tels que Sam’s, S-Pi ou Taïpan qu’il a pris sous son aile pour les faire passer dans une autre dimension, le label Bomayé Musik est un des plus actifs à cette heure-ci dans le paysage rap français. Et surtout un des plus exempts de tout reproche. Car à l’heure où La Fouine, Booba ou la Sexion d’Assaut multiplient les certifications d’or ou de platine et ont autant d’admirateurs que de détracteurs, Youssoupha fait partie de ces rares artistes qui parviennent à vendre tout en faisant l’unanimité quant à leur intégrité personnelle et artistique.

Promo oblige, on l’a vu, accompagné de sa nouvelle coiffure, faire le tour des plateaux télé les plus en vue du PAF, dans des émissions qui s’adressent à un public qui, pour la plupart, ”n’avait (réellement) jamais entendu de rap français”. Le Grand Journal de Michel Denisot, Salut Les Terriens de Thierry Ardisson, On n’est pas couché de Laurent Ruquier : tous ont accueilli le verbe réfléchi et le léger cheveu sur la langue du Prims Parolier. L’ont accueilli et surtout l’ont écouté, car il n’est pas de ceux qui acceptent les invitations pour ”porter le masque occidental du gentil négro” comme le rappait son ami Kery James dans ”Le Prix de la vérité” (gros featuring avec Médine, album ”Réel”, 2009). Sans parler de son entrée dans la playlist de Skyrock grâce à ses titres les plus mélodieux, qu’il partage avec Corneille ou Indila. Il s’est même permis de refuser les avances de François Hollande qui lui offrait une place dans sa campagne pour l’élection présidentielle.

Néanmoins personne dans le public rap, pourtant habituellement plutôt versatile, ne s’est risqué à remettre en cause le personnage et le travail de Youssoupha suite à cette exposition. Simplement parce que le fond et la forme, le message et la musique, tout est là. Et que le taxer de ”commercial” aurait pour seule et unique conséquence de passer soi-même pour un rageux, un haineux, un réac ; bref, un inculte. Car comment réclamer d’un côté une meilleure visibilité du rap tout en reniant systématiquement tous ceux qui la permettent ? À en croire les échos reçus depuis trois mois maintenant, Youssoupha aurait donc accompli avec brio cette tâche plus qu’ingrate.

Et en plus d’occuper le devant de la scène rap, on a pu le voir le 7 Mai à l’Olympia au top de sa forme et soutenue par une bonne partie de la scène rap français, en témoigne le remix légendaire  d’Apprentissage aux côtés dé Médine, Ol Kainry, Sinik, Mac Tyer, Rim’K, Orelsan et Oxmo Puccino !

Si on voulait faire simple, on pourrait réduire toute cette histoire à une question de couleurs. En disant que le drapeau bleu-blanc-rouge surplombe une terre de racistes où un électeur sur cinq vote bleu marine. Mais que dans le même temps la Négritude y est couronnée d’un disque doré. Car c’est peut-être ce qu’il y a de plus important à dégager du franc succès du troisième album du Lyriciste Bantou : 14 ans après le 12 juillet 1998 et l’avènement de la célèbre expression reprise par toute une Nation afin de qualifier sa génération triomphante, la France de 2012 est un pays où blacks, blancs et beurs peuvent partager de Noirs désirs. ”Moi je m’en fous de la mode, par définition elle se démodera” scandait-il sur le morceau de presque six minutes qui l’a révélé en 2009 à ses plus farouches détracteurs. Sauf qu’un classique ne se démode jamais. C’est tout ce qu’on te souhaite, Youss’.

Par Torziz

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Soprano & Redk – E=2Mc’s Paroles et explications

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Zoxea – tout dans la tête Chronique Paroles & Explications

 

Si Zoxea et son flow continuent à s’adapter aux époques comme ils le font depuis une vingtaine d’années alors c’est sûr que jusqu’à 60 ans le king de Boulogne kickera encore le mic.

« Tout dans la tête » c’est le titre du nouvel album de Zoxea dans les bacs depuis le 19 mars 2012. Inutile de préciser qui est ce rappeur n’est ce pas? Je sais que certain d’entre vous sont assez jeunes et n’ont pas forcément connu Les Sages poètes de la rue à l’époque où le hip hop ne jurait que par eux et une poignée d’autres artistes. En résumé, si je dois vous présenter Zoxeakopat en quelques mots, c’est une légende vivante du rap français qui après plus de 20 ans de carrière à encore son mot à dire.

« Tout dans la tête » c’est une galette de 11 morceaux aux sonorités variées et dans l’air du temps. Dans cet album les émotions et les messages passent non seulement à travers le flow de Zilizoxea (et ouai après autant de chemin parcouru dans le rap on en a beaucoup des alias les mecs!) mais surtout dans les prods qu’a choisi le rappeur. On a le droit à des instrus mélancoliques comme sur le titre « Boulogne tristesse » ou sur « Paroles et musique » qui ceci dit est assez dynamique et prenant de par les instruments et le beat percutant.

Sur « Tout dans la tête » et sur « Mecs du hood » Zoxea nous propose des instrus plus sombres, plus street, mais à chaque fois le texte et le flow suivent sans embûche. Pour marquer la diversité et l’originalité des prods qui composent l’album il fallait aussi que je vous parle de celle du titre « My Lady ». Dans ce morceau où Zoxea fait l’éloge des femmes fortes qui se battent auprès de leurs hommes que ce soit leur fils, leur mari ou leur frère, l’instrumental est un mélange de prod dirty south rendu savoureuse et captivante grâce à une guitare accoustique qui s’y joint agréablement.

Dans l’ensemble les instrus de « Tout dans la tête » correspondent parfaitement au flow de Zoxea. En parlant de lui (son flow), il faut l’admettre même si je ne suis pas fou de lui, le king de boubou a kické ça correctement sur chaque prod! La nouvelle génération de rappeurs n’a qu’à bien se tenir. Avant de réellement prendre la relève il va falloir attendre un bon moment. Et vu la dalle de rapper que Zox’ transmet dans ses textes et son attitude, j’ai bien l’impression qu’il va falloir patienter encore un bon moment.

« Tout dans la tête » c’est l’album d’un ancien qui a des choses à dire, c’est l’album d’un homme qui voue un amour inconditionnel au rap et à la culture Hip Hop. « Tout dans la tête » c’est un album à travers lequel Zoxea se livre et fait part de sa vision du rap. Aussi on en apprend sur sa vie et sur sa carrière. Cet album a tout de même le goût d’une certaine revanche sur le rap français.

On sent dans ses textes et d’ailleurs il le dit clairement que Zoxea est déçu de la tournure qu’a prit le mouvement et surtout de la tournure qu’a prit sa carrière sachant qu’il fait partie des grands précurseurs du rap en France. Le MC revient fort et à l’écoute de « Paroles et musiques », « Comme un lion » ou « Boulogne tristesse » on sent que le rappeur revient en quelque sorte remettre les pendules à l’heure.

D’ailleurs, il y a un autre titre dans lequel Zoxea remet les choses dans l’ordre. Il s’agit de « C’est nous les reustas » featuring Busta Flex. Dans ce morceau les deux emcees ont prit un malin plaisir à se jouer de l’instrumental à coup de rimes et de phases en pagaille. De quoi nous replonger quelques années en arrière et nous dire « Putain les mecs étaient là au départ et aujourd’hui ils sont encore là avec ce genre de putain d’textes…mais en fait…c’est eux les reustas, c’est eux qui méritent d’être au sommet aujourd’hui!’.

J’ai failli terminer la chronique sans vous parler de ce morceau intitulé « Showtime ». Seul et unique morceau du projet rassemblant Les sages po (Zoxea, Dany Dan & Melopheelo). « Showtime » c’est un peu comme si tu reformes la dream team 92 et que tu les fais jouer le temps d’une partie juste entre eux, en mode street ball dans une rue d’Harlem. Même dans l’instru on ressent le sentiment qu’ont eu les 3 rappeurs en faisant ce morceau. Une sorte de jubilé pour se faire plaisir avec le sentiment de se dire que malgré tout après ce morceau les choses continuent dans la vie comme dans le rap.

J’ai vraiment apprécié « Tout dans la tête », l’album est bien travaillé et nous propose beaucoup de variétés que ce soit au niveau des textes, des thèmes, des sonorités ou même des chants de Zoxea. Ne passez surtout pas à côté de ce bel album qui en 11 morceaux nous rappelle efficacement qui est Zoxea et pourquoi le rap français est le rap français.

Note:17/20

Zoxea – Boulogne Tristesse Lyrics
Zoxea – C’est nous les reustas Lyrics
Zoxea – Comme un lion Lyrics
Zoxea – Showtime Lyrics
Zoxea – Mecs du hood Lyrics
Zoxea – Paroles et musique Lyrics

Disiz – Lucide Chroniques Paroles et Explications

Lucide – Disiz Chronique by Basketsblanches.com

Peter Punk, Disiz la peste, Sérigne M’baye (sa vraie identité) vous le connaissez tous sous un de ces alias. Il s’agit du rappeur Disiz (sans le « La peste » dorénavant) qui après une dizaine de compilations, de mixtapes et d’albums dont un (le dernier: « Dans le ventre du crocodile ») aux influences rock revient avec un EP intitulé « Lucide ». A travers ce projet qui précède l’album qui devrait si rien ne change s’appeler « Extra Lucide ». Disiz nous met en face de réalités diverses et variées que ce soit par rapport au système, par rapport à ce que l’on nous fait gober à la TV ou même par rapport au rap français (surtout aux rappeurs).

Et si « Lucide » nous met face à des réalités, il faut savoir qu’avant toute chose l’auteur de cet EP a tout d’abord lui même été confronté à la réalité. Une famille à nourrir, une envie de rapper quasi existentielle, un système et une industrie du rap bancale mais surtout un besoin important d’argent, qu’il ne cache ni dans le projet, ni dans l’interview qu’il a dernièrement donné pour Baskets Blanches.

« Lucide » par rapport au rap, par rapport au monde et par rapport à sa vie. Voilà globalement ce qui découle de ce projet. Disiz exprime quasiment dans tous les morceaux de cet EP son envie de revenir mettre les choses dans l’ordre. Il utilise des métaphores avec la Bible (Veau d’or, la mer qui s’écarte, l’arche de Noé…) et intitule même un morceau « Moise » comme s’il revenait en tant qu’être élu voir même en tant que messie du rap français. Il s’en prend donc aux autres rappeurs surtout les moins expérimentés sur « Toussa Toussa », il y revendique non pas l’ancienne ni la nouvelle mais « l’éternelle école » dont il se prétend faire partie.

Certes le rappeur à une carrière bien nourri et assez d’expérience pour prétendre que le rap doit (ou peut) compter sur lui mais je trouve que le sujet est omniprésent et que ça en devient arrogant.

Bien sur le flow y est et dans le fond le discours de Disiz est plein de sens. Qui ne souhaite pas que l’on nous épargne de certaines merdes (excusez moi le terme) et de certains clichés à la télé comme il le dit dans « J’ai la haine ». Qui ne souhaite pas voir cesser le racisme et voir éveiller les consciences? Qui rappe par amour inconditionnel pour la musique étant même prêt à refuser de prendre de l’argent? Disiz est tout simplement lucide et conscient de la situation politico-sociale  actuelle ainsi que celle du rap français. Situation du rap français qu’il dit être envahi de emcees sans verves voire sans mérite « Les mc’s deviennent riches avec des rimes pauvres… ».

Le rappeur originaire de l’Essonne (91), lui, n’a pas perdu de sa verve, ni de sa technique si je m’en tiens aux quelques morceaux que j’ai écouté de lui dans ma vie. Alors suis-je vraiment objectif si je n’ai pas de véritable point de comparaison? Je pense que oui sachant qu’ il s’agit de la chronique d’un projet et non pas d’une carrière. Pensez-vous qu’il faut avoir vu tout les films d’un réalisateur pour avoir un jugement sur l’un d’entre eux?

Poursuivons, côté instrus, le passage rock dans la carrière de Disiz,se ressent encore un peu sur « Lucide » dans les déviations du titre « Moise » par exemple (guitares/caisses claires) mais aussi sur « J’ai la haine » qui est un véritable mélange de rock et de hip hop. En même temps il n’aura pas été le premier a apporter du rock dans le rap donc y a t-il vraiment un rapport entre « Dans le ventre du crocodile » et « Lucide »? Sinon dans l’ensemble les ambiances sonnent hip hop, on sent une recherche de nouvelles sonorités sur « Toussa toussa » ou sur le titre « Bête de bombe 5″ produit par Canardo. Avec une déviation « Hail Mary » au passage qui est assez courte pour ne pas que je condamne car vous le savez, comme dirait mon frère Grice « On ne touche pas à 2Pac, tout le monde sauf Pac ».

« Lucide » est une mise en bouche correcte avant l’arrivée de l’album. Mais il faut l’admettre j’en attend plus de Disiz qui a un peu tourné en rond niveau thème sur ce projet. 1995 sont les seuls invités du projet sur le titre « Gagne pain » qui, vous l’aurez imaginé, parle d’oseille. « Lucide » est un constat intéressant sur la situation en France et dans le rap mais il faudra un peu plus de diversité, d’originalité et de prises de risques pour me mettre complètement d’accord. Pour l’instant je ne pense guère que Disiz soit le messie du rap français, affaire à suivre…

Note: 14/20

Disiz – Validé Paroles
Disiz – Bête de bombe 5 Paroles
Disiz – J’ai la haine Paroles
Disiz – Moïse Paroles
Disiz – Mon Amour Paroles
Disiz – Toussa Toussa Paroles
Disiz – Un frigo, un coeur et des couilles Paroles

Black Kent – Vendeur de Rêves Chroniqes Paroles & Explications

Black Kent – Vendeur de Rêves chronique by BasketsBlanches.com

« Vendeur de rêves » c’est le titre du premier « bébé » de ton Boy Black. Pour faire plus fluide et pour que tout le monde comprenne direct, le rappeur bordelais Black Kent vient de nous pondre son premier album. D’abord sorti en digital une semaine avant, vous pouvez le trouver dans les bacs depuis le 9 avril 2012. J’avais rencontré Black Kent il y a environ deux mois pour une interview à l’occasion de la sortie de sa tape « Tha Black Carter 4.0″. Le emcee annonçait son album comme un projet qui lui tenait particulièrement à coeur et pour lequel il avait déjà fourni à cette époque un maximum d’énergie. Qu’en est-il? Est-ce que Black Kent a emmené son projet au niveau espéré? Voici la réponse ou plutôt MA réponse…

Tout d’abord nous débutons l’analyse de l’album par les instrumentaux qui le composent. « Vendeur de rêves » est un savant mélange (je viens de remarquer que j’emploie souvent ce terme…) de prod mélodieuses souvent accompagnées de piano: « Marchand de sable », « Marianne & Marie Jeanne », « Confessions » qui est un message à sa mère sur ce que j’ai rebaptisé un « piano flow ». Dans la catégorie mélodie et instrus calmes il y a aussi « Vendeur de rêves », « Un euro et un rêve », « Mes chances » qui est un titre plein de réalités ou encore « Saint Valentin » qui est certainement l’un des plus beaux titres du projet. Pour la partie « kickage » Black Kent ne fait pas dans la demi mesure et nous propose des prods bien lourdes et bourrées d’énergie comme sur « Blacky », « Bart Simpson », « Hello » ou « Versatile » par exemple.

Black Kent est très cainri dans les prods dynamiques et très frenchy dans les prods mélancoliques on frôle même parfois la variété française niveau sonorités. Sur le titre « Vendeur de rêves », Blacky nous emmène dans un univers proche du slam, mixant chant et poésie. Je trouve que le mc a un style proche de celui de La Fouine car il a un côté street et un côté plus sérieux, plus dans la mélancolie et dans le texte. Soulignons tout de même que Kent est moins trash et vulgos dans ses thèmes égotrips.

Le seul véritable hic que j’ai trouvé dans l’interprétation de Black Kent c’est sur le titre « Confessions » lorsqu’il se met à chanter. J’ai trouvé que ça faisait un peu caricature des chanteurs R&B à l’eau des années 90. Dommage sachant que le titre est vraiment beau.

Côté thèmes, l’album est un bien diversifié, Black Kent aborde des sujets sérieux, comme des sujets plus dans « le geste » comme dirait Youssoupha ou dans la performance lyricale. Punchlines à gogo, ça kicke sec tout le long de l’album, Kent ne nous a pas menti et n’a pas retourné sa veste, le flow et l’attitude de ses précédents projets sont toujours d’actu. « Belle » parle d’une femme, « Marianne et Marie Jeanne » parle aussi de deux femmes dont les destins vont être réunis par la vie et par un homme (l’histoire est bien raconté mais je suis déçu de la fin plutôt simple). Dans cet album il y a aussi des titres comme « Bart Simpson » dans lequel Kent rend hommage au rap français, « Confessions » dans lequel il fait par de ses pensées à sa mère. « Un euro et un rêve » qui n’est pas sans rappeler le titre « A dollar and a dream » de J.Cole, si on doit comparer la prod est différente mais le rêve est vendu avec la même ferveur.

Si vous cherchez des invités sur « Vendeur de rêves » il y en a et le niveau est vraiment honorable. Youssoupha vient donner la réplique à votre Boy Black sur « Puzzle ». A travers ce track on comprend pourquoi le prim’s parolier est disque d’or et pourquoi Black Kent l’a invité (il fallait un kickeur à la hauteur de ses rimes coup de poing). Sur « Alter Ego 2″ Sifoor l’acolyte de Black Kent a aussi kické ça correctement. Soprano est l’invité du titre « Je plane » rien de surprenant mis à part la prod saccadée et cette guitare qui crée une atmosphère sombre sur le son. Pour terminer Peter Morgan apporte la touche reggae de l’album sur « JamAfrica ».

« Vendeur de rêves » est un bon album et complètement à la hauteur du potentiel de Black Kent. Le mc ne me racontait donc pas des salades lorsqu’il me vantait les mérites de son « bébé » il y a quelques mois. KENT ça veut dire « Karcheriser Et Nettoyer le Track » et sans vouloir faire de raccourci simplet (même si c’est le cas) je dois avouer que c’est du propre. Je sais que ce n’est pas pour dédicacer le site que Black Kent le fait mais ça fait toujours sourire quand on l’entend dire « C’est toujours pas de slim sous mes Baskets Blanches!! ».

Note: 16/20

Black Kent – Bart Simspon Lyrics
Black Kent – Besoin De Rien Lyrics
Black Kent – Blacky Lyrics
Black Kent – Hello Lyrics
Black Kent – J’t'ai Vu Man Lyrics
Black Kent – Le Marchand De Sable Lyrics
Black Kent – Marianne & Marie-Jeanne Lyrics
Black Kent – Mes chances Lyrics
Black Kent – Jamafrica Lyrics
Black Kent – Saint Valentin ( Outro ) Lyrics
Black Kent – Alter Ego 2 Lyrics
Black Kent – Un Euro et un Reve Lyrics
Black Kent – Vendeur De Rêves (Interlude) Lyrics
Black Kent – #Yakoi Lyrics
Black Kent – Puzzle Lyrics

Guizmo – La Banquise Chornique, Paroles & Explications

La banquise – Guizmo chronique by BasketsBlanches.com

Dans la première chronique consacrée à Guizmo sur Baskets Blanches pour son projet « Normal », comme s’il s’agissait d’un jugement dans un tribunal. J’avais appelé le jeune rappeur originaire de Villeneuve la Garenne à comparaitre à la barre pour défendre son projet. Après délibération je l’avais condamné à intégrer le monde impitoyable du rap français et ainsi défendre son blaze corps et âmes quoi qu’il arrive de mixtapes en feats, d’albums en passages scéniques. Guizmo était donc contraint à nous pondre un second album (même si j’imagine bien que la peine lui convient).

Ce deuxième projet s’appelle « La banquise » et dans cette chronique nous allons voir si le condamné purge correctement sa peine. Le premier point à noter c’est la prolificité musicale de Guizmo qui moins d’un an après son premier projet nous en balance un nouveau et promet via ses interviews et sur les réseaux sociaux que ce sera ainsi tous les 6 mois. Attention à l’essoufflement tout de même!

« La banquise » c’est l’évolution incontestable de « Normal », à l’écoute du projet on sent dans les sonorités que le mec a bossé sur le choix des prods mais aussi sur les textes. Concernant les instrus l’album est beaucoup plus éclectique que le précédent. Guiz (si j’puis m’permettre) nous avais proposé des ambiances plutôt old school parfois même jazzy sur « Normal ». Ici il a bien varié ses choix, on peut donc entendre une guitare rock sur « C’est pas la même », du down south sur « Banlieue dégueulasse » titre sur lequel Guizmo a mis (un peu) de côté sa nonchalance pour débiter à la manière d’un mc sudiste. Pour le reste « La banquise » est un mix malin et bien proportionné de sonorités mélodieuses et parfois décalées comme sur ce titre « J’aime la nuit » dans lequel le mc reprend le thème de « Thriller » de Michael Jackson.

J’en vois déjà s’indigner sur leurs chaises « il est malade il a repris « Thriller » pfff!!! » Rassurez-vous le sujet a été dompté et l’orignal a été respecté, finalement à part la mélodie ça n’a rien à voir. Guizmo a savamment travailler le morceau afin qu’il sonne rap et qu’il colle à son personnage sans faire naïvement une pâle copie en reprenant l’instru et l’histoire des zombies qui aurait été ridicule! C’est donc pas mal comme morceau même si il faut l’avouer ce titre est assez calibré radio.

Comme le titre « Maman STP » dans lequel Guizmo rend hommage aux mamans que l’on fait souffrir à force de caprices et d’attitudes juvéniles (vols, mauvaises notes, sorties nocturnes…). Ce titre aussi est bien évidemment ciblé grand public mais ce qui est intéressant avec Guizmo c’est qu’il garde son éthique et reste fidèle à lui même, même dans ce genre de titre très mainstream.

J’ai trouvé de la maturité dans les textes de Guizmo même s’il n’en reste pas moins vulgaire et rappel parfois tel un mec bourré en cabine. Le gaillard a bien taffé sur sa plume et nous gave moins de ses sujets favoris l’alcool et la drogue douce. Même si le sujet est souvent abordé dans « La banquise » il est moins présent (en tout cas à petite dose disséminé dans l’album) que sur la dernière galette! On a donc le droit à des titres plus conscients comme sur l’excellent morceau « Guizmax » dans lequel il sample les voix de Booba « Putain c’est grave comment on cause à notre âge… » extrait de « Civilisé », « ici y’a rien… » et Oxmo Puccino « J’arrive pas à vivre » tiré de « Amour et Jalousie ».

Sur « Woop » Guizmo accuse le système et sur « Ma haine est viscérale » il fait le bilan sombre de tout ce qui lui donne la haine pour percer dans le rap mais aussi d’une certaine catégorie de femmes (auxquelles il dédie un morceau entier intitulé « T’es juste ma pote »), il se livre complètement au point d’insulter sans détour les membres de son ancien crew L’Entourage (c’est bien moins folklo sur ce coup enfin bref cela ne nous regarde pas, nous on parle musique…).

Demi Portion est l’invité du titre « La raclée » et Mavado et Laza Morgan ceux du titre « One by one » entre reggae et musique pop façon eighties.

L’album « La banquise » est indéniablement réussi, Guizmo fait preuve de beaucoup de musicalité et d’originalité artistique. Pour moi il possède l’un des univers les plus intéressants de la nouvelle génération du rap français. Malgré ses frasques avec son ancien crew, il a su se démarquer et commence à se frayer un chemin notamment grâce à Yonea et Willy qui ne sont autres que ses producteurs. Ma seule crainte serait que Guizmo ne parvienne pas à se renouveler dans les prochains projets et qu’il se mette à tourner en rond. Affaire à suivre en attendant « La banquise » prolonge la peine de Guiz pour au moins un projet de plus…

Note: 16/20

Guizmo – Banlieue dégueulasse Paroles
Guizmo – Besoin d’exister Paroles
Guizmo – C’est pas la même Paroles
Guizmo – Chaque fois qu’une porte s’ouvre Paroles
Guizmo – La raclée Paroles
Guizmo – Des millions de rêves Paroles
Guizmo – Guizmax Paroles
Guizmo – J’aime la nuit Paroles
Guizmo – J’attends Paroles
Guizmo – One by one Paroles
Guizmo – Ma haine est viscérale Paroles
Guizmo – Maman stp Paroles
Guizmo – Qu’est-ce que tu vas faire? Paroles
Guizmo – T’as même pas idée Paroles
Guizmo – T’es juste ma pote Paroles
Guizmo – Woop Paroles

Interview Vicelow X Rapgenius France

“Hum Huuummm !
Tel est le cri de guerre et c’est le Bic thermique
C’est la Blue Tape Two
Comme d’hab’ tout est permis”
 
Ainsi  s’ouvre le nouvel album de Vicelow . Noir à Lunettes emblématique du SSC, rappeur à la prose hautement stylisée et au timbre bassement grave, Vicelow revient sur le devant de la scène sans ses anciens collègues mais avec un nouveau beatmaker (soFLY) et entend bien se faire un nom en solo. Retour sur son parcours et directions futures, tout est là pour RGF.
 

RGF : Pour commencer, puisque c’est la première fois que RapGenius t’interroge, peux-tu retracer pour nous ton parcours artistique jusqu’ici ?

V : Depuis le début début début ?

RGF : Allez, depuis Bondy !

V : Wow.

Alors je suis né un 23 Septembre 1978, le septième d’une famille de sept enfants. J’ai découvert le Rap dans les années 90, à l’époque, pour le français de Rapattitude, 1990-1991, donc vers 12 piges. En parallèle, y avait le côté Hip Hop, qui passait un peu à la télé, mais surtout en cassettes vidéo : des clips américains, tout ce qui touchait un peu à la culture du mouvement Hip Hop. Du coup, j’étais aussi sensible à la danse, par exemple avec Michael Jackson. Tout ça, c’était mon adolescence, et ensuite je me suis orienté plus spécifiquement dans le Rap avec un premier groupe qui s’appelait Complice du Vice, d’où je tire mon blase “Vicelow”.

Ca s’est arrêté, donc j’ai été un peu tout seul jusqu’à ma rencontre, vers 1996, de KLR et Féfé, après laquelle j’ai intégré OFX, puis le Saïan Supa Crew qui s’est formé juste après, vers 1997. Ensuite, tout l’aventure avec le Crew, qui a duré près de 10 ans, puisque le Crew s’est séparé en 2007.

En 2008 j’ai créé mon label BlueBap pour sortir la première Blue Tape en Juillet. La Blue Tape, c’était un projet qui devait, à la base, introduire un album que je n’ai jamais sorti jusqu’à présent. Dès cette époque, j’ai monté avec des amis danseurs un spectacle qui s’appelle le Blue Tape Show, mêlant Rap et danse, et ensuite, je me suis impliqué encore plus dans le milieu de la danse : j’ai créé une association, I Love This Dance, qui met en place un événement annuel de danse Hip Hop. En 2011, ça a eu lieu à la Cigale, et la prochaine aura lieu en Octobre au même endroit. J’aurai aussi un autre événement qui se fera à la Gaîté Lyrique, et le site Internet http://ilovethisdance.com/ qui regroupe pas mal d’infos sur la danse et la Street Culture en France.

Pour revenir sur le Rap, eh bien j’ai eu des hauts et des bas pendant toute cette période, avec des hauts en ce moment, puisque vient de sortir la Blue Tape 2. Je tiens à préciser que c’est un projet qui est fait à deux, comme à l’époque de Pete Rock & CL Smooth ou Gang Starr – Guru et DJ Premier. SoFLY et moi, on a voulu faire un album à deux, donc c’est réellement le projet de “Vicelow & soFLY”. Je mets en avant le travail d’un beatmaker qui a beaucoup de talent et avec lui je fais mon délire, ce qui aboutit à la BT2.0.

“BT2.0″ parce que c’est une sortie qui n’est disponible qu’en numérique pour le moment, mais l’idée, c’est de sortir, si tout va bien, à la rentrée, une édition physique avec les instrus et quelques inédits.

RGF : Effectivement, tu mets vraiment soFLY en avant sur cette BT2.0. On entend souvent son nom prononcé au long de l’album, ce qui est important, car il y a beaucoup de morceaux de Rap qui ne seraient pas aussi légendaires sans leur instru. Tu peux nous parler un peu de lui, de comment tu l’as connu ?

V : Ca c’est passé en 2007. Il m’a contacté sur MySpace pour me demander si je voulais bien écouter ses instrus. Je suis allé chez lui, j’ai apprécié son taff et c’est en fait là que j’ai décidé de faire la première Blue Tape, dont il a fait 70 à 80% des instrus. C’était y a 5 ans donc depuis on a appris à se connaître, on s’est trouvé des affinités et on est devenu amis. C’est un ami que j’apprécié beaucoup parce qu’il a une grande culture musicale et puis parce que j’ai découvert une nouvelle position : toute ma vie auparavant, j’ai été le dernier, que ce soit dans ma famille, comme je te l’ai dit tout à l’heure, ou même au sein du Saïan, où j’étais le plus jeune. Là avec soFLY, je me découvre un peu un rôle de grand frère, car il est plus jeune que moi, et j’apprécie de pouvoir transmettre un peu de mon expérience. Lui, il commence à rentrer dans le business, dans l’industrie. Par le passé, on lui a fermé beaucoup de portes, pas mal de monde l’a ignoré et aujourd’hui, il s’avère qu’il est signé aux États-Unis, qu’il est beaucoup demandé là-bas et que son talent a été enfin reconnu outre-Atlantique, tandis que pas encore ici, ce qui est assez marrant.

Je l’ai aussi introduit dans le milieu des danseurs ce qui lui a accordé une bonne renommée dans l’underground de la danse, parce qu’il a fait des musiques pour certains danseurs connus, des groupes, sur des shows et des chorés qui ont pas mal tournés sur internet, des vidéos avec des millions de vues.

RGF : Après quelques écoutes de la BT2.0, je note une certaine évolution artistique, déjà au niveau de ton rap puisque la technique et le placement des mots font que le message est plus clair qu’à l’époque du Saïan, où il fallait souvent avoir le livret dans les mains pour découper tous les mots, et ensuite au niveau de la musicalité, avec des invités variés et surprenants, des séquences bien plus chantantes puisque toi-même on t’entend chanter sur le refrain de Saturn, par exemple, ou également Rachel Claudio qui chante des séquences en anglais très puissantes. Cette évolution, c’est la direction que tu souhaites prendre dorénavant ?

V : J’en suis qu’aux balbutiements, mais je suis content, parce que la BT2 a été faite un peu famille. Il y a d’abord soFLY et moi-même, puis Rachel Claudio – que tu as citée – et Sébastien Drumeaux qui ont quand même beaucoup contribué à l’esprit du projet, même en coulisses, parce qu’ils ont apporté des idées. Quand j’ai rencontré Rachel, elle m’a vraiment motivé, embarqué dans des trucs nouveaux. C’est quelqu’un qui a énormément de talent et d’énergie positive à transmettre. J’ai reçu cette énergie, et ça se ressent dans la BT2. Je me suis bien plus aventuré dans des domaines inexplorés. Par exemple, sur “Mets ça haut”, c’est moi qui ai fait la mélodie du refrain, mais pas moi qui la chante : c’est des trucs que j’avais jamais fait avant, donc c’est clair qu’il y a une évolution. Mais, je me répète, j’en suis qu’aux balbutiements et j’espère, pour mes prochains projets, chanter beaucoup plus, prendre plus de ces risques-là. Je ne vais pas dire que j’ai fait le tour du Rap, mais comme tu le disais, mon rap a un peu évolué… On va dire qu’il a peut-être pris un peu de maturité dans le sens où on va mieux comprendre, mais c’est aussi une question d’écriture, de thèmes, de textes. Maintenant, c’est toujours intéressant pour un artiste de pouvoir aller sur des terrains inconnus qui transmettent une autre émotion, une autre énergie. Comme tu dis, le rap, le flow, le texte, les mots, c’est bien mais aller dans d’autres choses, avec une autre dynamique, une autre prosodie, c’est intéressant aussi. J’ai un peu tâté de ça avec la BT2, mais j’ai laissé faire mes amis qui savaient bien faire : Rachel qui a fait de bons refrains, de bonnes mélodies, Sébastien qui a ramené des voix sur “Zetwal Box” et fait les choeurs au-dessus de moi sur “Saturn”… Tout ça c’est un petit avant-goût de ce que je compte faire sur mon prochain album.

RGF : Un morceau de la BT2 dont tu es le plus fier, un petit préféré ?

V : Non pas vraiment. Y a peut-être des morceaux qui me touchent plus que d’autres, mais chaque morceau a une histoire.

Par exemple, t’as “Beat Sale” qui part de trucs pas faits exprès. SoFLY avait mis un sample cain-ri au refrain et moi j’avais fait “Oh ça sonne comme ‘Trop sale ce putain d’beat’ !” et tu connais le résultat.

Un morceau tel que “Zetwal Box”, t’as Rachel, Sébastien, moi et le thème “avoir une chanson en Français, en Anglais et en Créole, qui part dans des arrangements soul”, mais qui reste quand même bien Hip Hop, ça c’est musicalement l’un des morceaux que je kiffe le plus dans la BT2. Je kiffe vraiment l’atmosphère de ce morceau.

Après, un morceau comme “Nouvel Automne”, je kiffe parce que par rapport à ma collaboration avec Deen et Nemir, j’ai eu une autre manière d’aborder l’écriture, au niveau du thème. C’est un morceau qui m’a tiré vers le haut.

Ensuite, y a des sons que je kiffe plus faire sur scène, d’autres que je kiffe plus écouter. “Avenue Martin Luther”, ça me touche pour ce que je raconte, “Saturn”… Mais mention quand même pour “Zetwal Box” et, euh…

Putain même “Welcome to the BT2″, qui est l’intro de base et tout, c’est un son, je le fais, je la fais et-

RGF : Elle est gigantesque !

V :  Voilà ! Ou “Hip Hop Ninja” aussi, c’est… (il est ému, ndlr) Même là, je suis vraiment fier parce qu’il y a des morceaux de ma carrière, dont je me dis que j’aurais pu mieux faire, parce que je sais que j’étais dans un esprit inadapté, ou alors j’ai plus suivi le son et je me suis pas fait violence pour passer à l’étape supérieure, mais ici, dans les conditions dans lesquelles j’ai fait ce projet, c’est la première fois que je sais que j’aurais pas pu mieux faire. J’étais au taquet de mes moyens à ce moment-là, et c’est une démarche, un projet qui représente vraiment beaucoup.

Je l’ai fait peut-être au moment le plus difficile de ma vie artistique, donc c’est pour ça qu’on sent pas mal d’amertume dans certains morceaux.

C’est un projet où j’ai invité personne du Saïan parce qu’on n’est plus connectés, mais à part ça, jamais j’ai pensé autant au Saïan au moment d’écrire. Y avait cette aura du Saïan qui planait autour de moi.

RGF : Aujourd’hui, tout contact est rompu avec les autres membres du Saïan ?

V : Franchement, ouais, dans le sens où j’ai un peu de nouvelles de Specta, je peux croiser Sly de temps en temps, mais voilà, c’est tout. Le reste, on est plus trop connecté, non.

RGF : Et paradoxalement aujourd’hui, quand on te présente quelque part, on voit encore beaucoup de “Vicelow (Ex-Saïan Supa Crew)”. Tu restes fier d’être ex-Saïan ou tu préférerais être Vicelow-tout-seul ?

V : Les deux. L’un peut très bien aller avec l’autre. Je suis fier d’être ex-Saïan parce que je ne serais pas ce que je suis aujourd’hui sans le Saïan et puis en même temps, aujourd’hui, je ne suis pas un Saïan, je suis Vicelow. Je dirais, chaque chose en son temps. J’ai fait quoi pour l’instant pour mettre mon nom avant le Saïan en tant que Vicelow ? Avec le Saïan on a fait énormément de choses, ce n’est pas avec une Blue Tape que je vais, même pas effacer, mais ne serait-ce que mettre de côté ce que j’ai fait dans le Saïan. J’ai des projets à faire. Je suis un “jeune artiste” en fait, dans le sens où les gens, pour se repérer, en parlant de moi, ils vont parler du Saïan. J’en suis qu’à la BT2, mais ensuite je ferai un autre projet, puis un autre, puis un autre, et les gens auront de moins en moins besoin de mentionner le Saïan pour me présenter. Ca va s’équilibrer au fil du temps, mais l’état actuel des choses est tout à fait normal à mon avis.

RGF : De la même manière que dans la BT2, il y a des morceaux du Saïan qui te sont encore chers, que tu aimerais refaire, sur scène ?

V : Je t’avouerai que tous les morceaux des premier et deuxième album, ainsi qu’un ou deux du dernier, sur scène, à l’époque, c’était mortel. Pareil pour l’album Roots qu’on a fait avec Féfé (Roots est le seul album d’OFX, le groupe réunissant Féfé, Vicelow et KLR jusqu’à sa mort, ndlr). Les refaire aujourd’hui, non, je ne pense pas. Après y a quand même des morceaux que j’écoute, des fois, qui me mettent des gifles. J’me dis : “Putain on a fait ça ! On avait 20 piges et on a fait ça.” Honnêtement, y a des trucs que je n’ose même pas écouter parce les années passent et je me dis “wow putain, y avait quand même une pression”, dans le sens où, ce n’est pas pour avoir la grosse tête, moi, mais en contemplant le groupe en entier, y a aucun équivalent, quoi. On était loin, quoi, c’est chaud ! (rires) Y a des gens qui font ce qu’on a fait y a 10 ans, et encore, ils n’atteignent pas vraiment ce qu’on faisait. Et ça va même au-delà de la France : j’écoute des groupes aux US, partout, franchement c’est chaud ce qu’on faisait !

RGF : Justement, à propos de l’unicité du SSC, je trouve qu’un morceau comme “KLR”, c’est quelque chose d’hyper touchant, parce que c’est magnifique que vous partagiez des pensées qui sont très personnelles, voire même intimes. Aujourd’hui, qu’en est-il de ton deuil de KLR ?

V : Aujourd’hui, je n’y pense pas tous les jours, mais j’y pense souvent quand même. Rien que le 12 Avril dernier, par exemple (les propos ont été recueillis le 20 Avril 2012, ndlr). C’est le 12 Avril 1998 que Kurt a eu son accident. Des fois, tu te poses, et tu te poses des questions. Parce que KLR, c’est vraiment l’essence du SSC tel qu’il a été connu. C’est ce qui nous a réunis dans la douleur à l’époque, quand il est mort. Alors tu regardes un peu ton chemin et t’essayes d’imaginer : “Si il nous regarde, qu’est-ce qu’il pense ? Bon il devrait être tolérant parce que c’est la vie et qu’on n’allait pas se tenir la main toute notre life, mais ce qu’on est devenu individuellement, ce qu’on pense les uns des autres, est-ce que c’est beau ? Est-ce que c’est sain ?”

Mais comme tu dis, ce qui est beau dans ce morceau, et la puissance qu’il y avait dans l’album KLR, j’en suis convaincu aujourd’hui, c’est qu’on s’est beaucoup livré. On y a mis beaucoup de nous. Et plus le temps s’écoulait, moins on se livrait dans nos morceaux, je trouve. On abordait des thèmes de manière indirecte, avec des métaphores, des concepts et parfois on en oubliait de se confier directement, de dire notre truc et bim. Mais au final, le temps passe et les choses changent.

RGF : Merci beaucoup pour cette sincérité. Pour finir, une petite dernière question : ça veut dire quoi “Mitaw Tao” ?

V : Wow, “Mitaw Tao” ! C’est un truc, c’est inventé. Ca ne veut rien dire. C’est le langage qu’on s’était inventé, “Açomow, hamishow bow, tao tao, mitaw tao”.

RGF : Parce que ça fait 10 ans que j’entends la question et que j’attends la réponse, quand même !

V: Ah bon ? Non bah c’est juste des conneries, c’est… T’es con et tu dis des trucs cons, voilà.

(rires)

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BT2.0 disponible en ligne sur l’iTunes Store, Fnac.com etc.

 

Merci à Marc Navatier d’avoir recueillis les propos.

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